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  • LATIFA LAÂBISSI

Chorégraphe

ENJEUX ARTISTIQUES
Latifa Laâbissi
mêle et critique les statuts et les modes de création chorégraphique dans des dispositifs qui sont davantage des principes d’activation que des mises en demeure. Véritables véhicules d’un « état d’être»  artistique, ses projets sont polymorphes, protéiformes, invitant au partage de leur nature transdisciplinaire. Ses voies de prédilection se fondent sur l’émergence de la figure, ses fonctions et ses représentations, sur l’épaisseur de l’image produite, sur les statuts de la fiction et de l’auto-fiction, travaillant sans cesse le recyclage des matériaux dans des stratégies de rapprochement émetteur-récepteur. Usant de signes plus ou moins cryptés, il s’agit de générer les opérations qui mettront en relief les enjeux esthétiques, politiques et symboliques du projet. A la fois auteur-concepteur, artiste et interprète, elle décline sa pratique aussi bien dans des créations personnelles que collectives, dans des temps hors production que dans des moments de transmission.

PARCOURS

Latifa Laâbissi est née en France en 1964 où elle commence sa formation. Influencée par l’engouement français pour l’école américaine, elle poursuit son apprentissage au studio Merce Cunningham à New York. De retour en Europe, en 1990, elle intègre le Groupe Emile Dubois dirigé par Jean-Claude Gallotta. Elle ne cessera alors d’être interprète pour d’autres chorégraphes tels que Loïc Touzé, Thierry Baë, George Appaix, Jennifer Lacey et Nadia Lauro, Frans Poelstra et Robert Steijn, Boris Charmatz et Robyn Orlin. En 1998, elle cosigne avec Yves-Noël Genod L’âme et le corps duo et To Play qui sont des pièces déterminantes quant aux voies artistiques choisies. La parole devient alors une donnée nécessaire et indissociable de l’acte dansé. Puis, Latifa Laâbissi créé Phasmes (2001), un dispositif qui met en regard l’auteur et l’œuvre par sa captation à un moment X et une possible ré-appropriation, jouant de la reproduction en simultané, en différé ainsi que de la reformulation autour des figures de Dore Hoyer, Valeska Gert et Mary Wigman. Dans le même temps, s’engage un long processus de travail avec Morceau (2000-2005), un projet à l’initiative de Loïc Touzé, conceptualisé et réalisé par Loïc Touzé, Latifa Laâbissi, Jennifer Lacey et Yves-Noël Genod. Véritable creuset invitant à l’affirmation de singularités, Morceau permet à chacun d’explorer la spécificité du processus de création et l’acte auctorial. Latifa Laâbissi y affirme le désir d’articuler des figures empruntes d’effroi et de grotesque dans des mises en jeu partitionnées. I Love like animals (2002) remet en jeu la parole dans une perspective qui interroge la figure et sa défiguration et qui entraîne dans une fiction performative qui ne demande qu’à être réinvestie, transformée. En 2004, elle cosigne Love avec Loïc Touzé. Love relève de la présence de la frontalité liée à l’héritage du médium, de l’état de danse comme état d’être dont les principes d’économie et de fabrique sont énoncés dans une simplicité éclairante et éclairée. Depuis 2004, avec Habiter, Latifa Laâbissi investit l’espace quotidien du lieu d’habitation dans le désir de proposer un autre cadre de lisibilité de la danse par le biais d’un support-relais. Projet réalisé pour le médium vidéo ainsi que pour l’image photographique, Habiter s’édite sous la forme d’expositions. Pour ce projet, elle s’entoure de collaborateurs : Sophie Laly (artiste), Jocelyn Cottencin (artiste et graphiste) et Emmanuelle Chérel (historienne de l’art). En 2005, elle co-réalise Masse en collaboration avec Loïc Touzé et Jocelyn Cottencin, projet d’exposition à la galerie du Dourven. Pour 2006, Self Portrait camouflage est une mise au travail qui dessine une pièce en solo : Latifa Laâbissi y articule une figure cryptée et énigmatique qui opère entre « effroi et burlesque » et qu’elle entrechoque avec des matériaux hétérogènes dont les opérations sont plus lisibles. Elle raconte : « La France, de la première Exposition universelle de 1855 à l’Exposition coloniale de 1937, offre successivement onze manifestations nationales. Autant d’occasions pour le public d’applaudir au riche spectacle des splendeurs de son Empire colonial. Des hommes, des femmes, des enfants y sont l’objet d’attractions curieuses. En 2006, Marianne mène à sa manière l’enquête parmi ces parages hantés des universaux de la République. Qu’on se rassure : entre cannibale et vahiné, une intégration exemplaire… ». Distraction – 2007
Distraction est une conférence massée. Latifa Laâbissi propose à Isabelle Launay de réaliser une conférence tout en étant massée selon le protocole de massage « Arts of touch » qui sera dispensé par Laurent Pichaud. Le contenu du discours qu ‘elle lui propose en retour comme sujet de conférence est la notion d’extase dans l’œuvre de Valeska Gert. Ceci pousse les effets de perturbation entre action physique et action d’énoncer. Distraction a été créée à l’occasion de l’invitation de l’Ecole des Beaux-Arts de Nantes dans le cadre des « Revues – les langages de la danse ». Histoire par celui qui la raconte – 2008
Nous pourrions commencer par une fiction sur la préhistoire.
Purs fantasmes ? Mauvais rêves !
Des femmes et des hommes montent un univers tendu entre jeu et rituel, inquiétant et comique, un montage d’actions simples, ségrégations ou blocs d’un seul tenant.
Le récit est troué, traversé par des temps hétérogènes, sources parfois très éloignées, récit historique, références anthropologiques, cinématographiques.
Ils dansent. Ils se partagent l’espace, se livrant à des saynètes bar bar bar.
Une chanson se répète, une ritournelle, un hymne, une berceuse. L’action est en crise, l’espace en voie d’être décentré, menacé par un principe d’instabilité.
Le récitant forme une conférence.
Le meneur de jeu tient les ficelles.
Le faiseur de son rythme des actions.
Le sujet tel Sisyphe prolétaire des dieux.
Total black out
Where is Beckett ?
Un discours
Des cris ou des gémissements
Un chant
Des paroles en anglais…
De septembre 2009 à janvier 2011, Latifa Laâbissi est artiste invitée par Boris Charmatz au Centre chorégraphique national de Rennes et de Bretagne transformé en un Musée de la danse. Elle est aussi invitée au sein de différents contextes tels les universités, les écoles d’art, les centres chorégraphiques nationaux afin de partager des temps de transmission qui sont des extensions de ses propres pratiques et expérimentations autour de la question de l’activation de processus de travail et de la notion de recyclage. Elle intervient dans les processus de création d’autres auteurs, en tant qu’interprète : Robyn Orlin, Boris Charmatz. Elle collabore en tant qu’artiste invitée avec des plasticiens : Nadia Lauro (TNT La manufacture de chaussures, Bordeaux, avril 2010), Cécile Paris (le « 104 » de Paris, août 2010). Son travail fait l’objet de publications. Depuis décembre 2008, elle crée l’association Figure Project qui bénéficie du soutien du Ministère de la Culture – DRAC Bretagne au titre des compagnies conventionnées, de la Ville de Rennes et du Conseil régional de Bretagne.